Points clés
- Les actions privilégiées sont un investissement « hybride » (à mi-chemin entre action et obligation) : elles versent des dividendes souvent fixes et sont servies avant les actionnaires ordinaires.
- Au Canada, les dividendes d’actions privilégiées donnent souvent droit au crédit d’impôt pour dividendes (un allègement fiscal accordé aux particuliers sur certains dividendes), ce qui peut améliorer le rendement après impôt.
- Il existe plusieurs types d’actions privilégiées : cumulatives, non cumulatives, convertibles et rachetables. Chaque type répond à un objectif différent (revenu, flexibilité, protection).
- Les actionnaires privilégiés n’ont généralement pas de droit de vote, contrairement aux actionnaires ordinaires.
- Au Canada, ces titres sont surtout émis par les banques, les services aux collectivités (utilities) et les institutions financières, des secteurs réputés plus stables.
- Vous pouvez acheter des actions privilégiées via un compte-titres chez un courtier (un intermédiaire boursier) sur la Bourse de Toronto (TSX) ou sur certains marchés de gré à gré (OTC, c’est-à-dire hors bourse).
- Comme tout placement, les actions privilégiées comportent des points d’attention à comprendre avant d’investir.
Que sont les actions privilégiées ? Guide complet pour l’investisseur canadien (2026)
Si vous cherchez un revenu régulier comme avec une obligation, tout en restant actionnaire, les actions privilégiées peuvent compléter votre portefeuille. Pourtant, beaucoup d’investisseurs canadiens connaissent mal cette catégorie de titres.
Ce guide explique l’essentiel : définition, fonctionnement et comment en acheter au Canada, pour décider si ces titres ont leur place dans votre stratégie.

Que sont les actions privilégiées ?
Les actions privilégiées (aussi appelées actions de préférence) sont des titres d’une entreprise situés entre les actions ordinaires et les obligations dans la structure de capital (l’ordre dans lequel l’entreprise finance son activité : dette, actions, etc.). Elles représentent une part du capital, mais leur rémunération ressemble à celle d’un placement à revenu fixe.
Quand une entreprise émet des actions privilégiées, elle promet en général un dividende fixe (un montant versé régulièrement) — soit en dollars, soit en pourcentage de la valeur nominale (valeur de référence du titre, souvent 25 $). Ce dividende est payé avant tout dividende aux actionnaires ordinaires : c’est la « préférence ».
En pratique : lors de la distribution des profits, les actionnaires privilégiés sont servis en premier. En cas de liquidation (vente des actifs pour rembourser), ils passent aussi avant les actionnaires ordinaires pour récupérer ce qui reste.
Actions privilégiées vs actions ordinaires : quelles différences ?
Avant d’investir, il faut distinguer clairement actions privilégiées et actions ordinaires.
| Caractéristique | Actions privilégiées | Actions ordinaires |
|---|---|---|
| Priorité sur les dividendes | Payées en premier | Payées après les privilégiées |
| Droit de vote | Généralement non | Souvent oui |
| Type de dividende | Fixe ou ajustable | Variable / décidé par l’entreprise |
| Potentiel de hausse du cours | Limité | Potentiel plus élevé |
| Priorité en cas de liquidation | Avant les ordinaires | Derniers servis |
| Niveau de risque | Plus faible que l’ordinaire | Plus élevé |
| Profil type | Investisseurs orientés revenu | Investisseurs orientés croissance |
En général, les actions privilégiées sont une forme d’action plus prudente : vous renoncez à une partie du potentiel de hausse des actions ordinaires en échange d’un revenu plus stable et d’une priorité de paiement.
Comment fonctionnent les actions privilégiées ?
Exemple concret :
Une entreprise canadienne de services aux collectivités émet des actions privilégiées d’une valeur nominale de 25 $ avec un taux de dividende de 5 %. Chaque action verse donc 1,25 $ par an, souvent en paiements trimestriels de 0,3125 $. Le dividende est versé même si le cours de l’action varie, tant que l’entreprise reste solvable (capable de payer ses engagements) et décide de maintenir le paiement.
Cette régularité attire les investisseurs cherchant un revenu : retraités, profils prudents, ou portefeuilles axés sur le cash-flow.
Types d’actions privilégiées au Canada
Au Canada, on rencontre plusieurs structures, avec des avantages et des limites.
1. Actions privilégiées cumulatives
Si l’entreprise ne verse pas un dividende, le montant s’accumule et devra être payé plus tard, avant tout dividende aux actionnaires ordinaires. Cela protège davantage le revenu.
2. Actions privilégiées non cumulatives
Les dividendes non versés ne sont pas rattrapés : le revenu est perdu. Le risque sur le revenu est donc plus élevé, surtout en période difficile.
3. Actions privilégiées convertibles
Elles peuvent être converties en un nombre fixé d’actions ordinaires, dans une période donnée. Vous pouvez ainsi profiter d’une forte hausse de l’action ordinaire.
4. Actions privilégiées rachetables (retractable)
L’investisseur a le droit de revendre l’action à l’entreprise à un prix prévu, à partir d’une date fixée. Cela crée une porte de sortie et limite une partie du risque de baisse.
5. Actions privilégiées à révision de taux (rate reset)
Très répandues au Canada : dividende fixe au départ (souvent 5 ans), puis le taux est révisé en fonction du rendement de l’obligation du Canada à 5 ans, plus une marge (spread) (supplément de taux). Ce mécanisme a fortement structuré le marché depuis les années 2010.
6. Actions privilégiées à taux variable (floating rate)
Le dividende varie avec les taux courts, souvent liés au taux préférentiel (prime rate) (taux de référence des banques pour leurs meilleurs clients) ou au rendement des Bons du Trésor (T-bills) (titres d’État à court terme). Elles peuvent mieux se comporter quand les taux montent.
Actions privilégiées au Canada : état du marché en 2026
Le Canada a un marché d’actions privilégiées très développé, notamment grâce au crédit d’impôt canadien pour dividendes (mécanisme qui réduit l’impôt payé par un particulier sur certains dividendes canadiens).
Chiffres clés 2026 :
- Le S&P/TSX Preferred Share Index suit la performance des actions privilégiées cotées à la Bourse de Toronto (TSX) et sert d’indice de référence.
- Les émissions proviennent surtout des six grandes banques (Royal Bank, TD, Scotiabank, BMO, CIBC, Banque Nationale), d’assureurs, de pipelines et de services aux collectivités.
- Début 2026, les rendements moyens se situent autour de 4,5 % à 6,5 % selon la structure et la qualité de crédit de l’émetteur, parfois compétitifs face aux CPG (GIC) (placements garantis) et aux obligations d’entreprises.
- Le cycle des taux de la Banque du Canada influence fortement la valorisation des actions à révision de taux, un facteur suivi de près en 2024-2025 lorsque les taux ont commencé à se détendre.
- Les actions à révision de taux constituent le plus gros segment du marché canadien en valeur.
L’avantage fiscal canadien des actions privilégiées
L’un des intérêts majeurs au Canada est la fiscalité des dividendes admissibles (dividendes versés par certaines sociétés canadiennes et ouvrant droit à un crédit d’impôt).
Quand une société canadienne verse des dividendes admissibles (c’est souvent le cas des dividendes d’actions privilégiées de sociétés cotées), les particuliers bénéficient d’un crédit d’impôt bonifié (réduction d’impôt plus élevée). Résultat : l’impôt effectif sur ces dividendes peut être nettement inférieur à celui sur les intérêts d’obligations ou de CPG.
Par exemple, un investisseur dans une tranche d’imposition moyenne peut payer environ 15 % à 25 % sur des dividendes admissibles, contre 30 % à 50 % sur des intérêts équivalents, selon la province.
Rappel : le crédit d’impôt pour dividendes s’applique aux comptes non enregistrés (comptes imposables). Dans un CELI (TFSA) ou un REER (RRSP), l’avantage relatif des dividendes par rapport aux intérêts est en grande partie neutralisé : le choix du compte compte pour le rendement après impôt.
Comment acheter des actions privilégiées au Canada ?
Acheter des actions privilégiées est simple si vous savez identifier le titre et ses conditions.
Étape 1 : ouvrir un compte chez un courtier
Il vous faut un compte de courtage en ligne (autonome), auprès d’une banque canadienne ou d’un courtier à bas coûts. Les grandes banques (RBC Direct Investing, TD Direct Investing, BMO InvestorLine) et d’autres plateformes donnent accès au marché des actions privilégiées à la TSX.
Étape 2 : trouver l’action via son code mnémonique
À la TSX, elles sont identifiées par un ticker avec suffixe (code qui précise la série). Exemple : RY.PR.A pour une série d’actions privilégiées de RBC. « PR » indique une action privilégiée, et la lettre la série.
Étape 3 : vérifier les conditions du titre
Avant d’acheter, regardez :
- Taux de dividende et fréquence de paiement
- Type d’action (cumulative, à révision de taux, rachetable, etc.)
- Date de révision ou de rachat, si applicable
- Notation de crédit de l’émetteur (évaluations du risque de défaut, disponibles chez DBRS Morningstar ou S&P)
- Rendement courant par rapport à la valeur nominale
Étape 4 : passer l’ordre
Vous pouvez acheter via un ordre au marché (exécuté au meilleur prix disponible) ou un ordre à cours limité (prix maximum d’achat). Les actions privilégiées s’échangent souvent avec moins de volume que les actions ordinaires : l’ordre à cours limité réduit le risque de payer trop cher.
Étape 5 : suivre votre position
Surveillez l’évolution des taux d’intérêt, la qualité de crédit de l’émetteur, et les dates de révision ou de rachat. Les actions à révision de taux sont particulièrement sensibles aux rendements des obligations du Canada.
Actions privilégiées : pour quels profils au Canada ?
Elles ne conviennent pas à tout le monde. Voici les profils qui en tirent généralement le plus parti :
Plutôt adaptées à :
- Investisseurs orientés revenu cherchant un flux régulier
- Retraités ou proches de la retraite privilégiant le dividende
- Revenus élevés en compte non enregistré, pour profiter du crédit d’impôt
- Profils prudents voulant une exposition actions avec plus de protection que l’action ordinaire
Moins adaptées à :
- Investisseurs à horizon long cherchant surtout la croissance du capital
- Investisseurs principalement en CELI (TFSA) ou REER (RRSP), où l’avantage fiscal des dividendes est moins déterminant
- Investisseurs ayant besoin de liquidité (capacité à vendre facilement), car le marché peut être peu échangé
Points d’attention avant d’investir
Les actions privilégiées ont des atouts, mais aussi des risques à mesurer.
Sensibilité aux taux d’intérêt
Comme les obligations, leur prix baisse souvent quand les taux montent : le dividende fixe devient moins attractif face aux nouvelles émissions mieux rémunérées. Si vous anticipez une hausse des taux, les actions à révision de taux ou à taux variable peuvent être plus adaptées que les actions privilégiées perpétuelles à taux fixe (sans échéance).
Absence de droit de vote
Vous n’avez généralement pas de pouvoir sur les décisions de l’entreprise. Cela implique un recours limité si la stratégie ne vous convient pas.
Risque de rachat anticipé (call)
Beaucoup de titres intègrent une clause de rachat (droit pour l’émetteur de rembourser les actions à la valeur nominale après une date). Si les taux baissent, une action à dividende élevé peut être rachetée, et vous devrez réinvestir à un rendement plus faible.
Risque de crédit
En liquidation, les actions privilégiées passent avant les actions ordinaires, mais après la dette (obligations, prêts). Si la situation financière se dégrade, les dividendes et le cours peuvent souffrir. Pour limiter ce risque, privilégiez des émetteurs bien notés (« investment grade », c’est-à-dire qualité de crédit jugée solide).
Actions privilégiées vs obligations : que choisir au Canada ?
Comparaison synthétique :
| Critère | Actions privilégiées | Obligations canadiennes |
|---|---|---|
| Fiscalité (compte non enregistré) | Crédit d’impôt sur dividendes admissibles | Intérêts — imposés pleinement |
| Rendement typique (2026) | 4,5 % – 6,5 % | 3,5 % – 5,5 % |
| Risque de crédit | Plus élevé que des obligations de bonne qualité | Plus faible (surtout obligations d’État) |
| Liquidité | Plus faible | Plus élevée (sur grandes émissions) |
| Protection contre l’inflation | Limitée | Limitée (sauf obligations indexées) |
| Potentiel de gain en capital | Modéré | Modéré |
Pour les contribuables fortement imposés en compte non enregistré, les actions privilégiées offrent souvent un rendement après impôt supérieur à celui d’obligations proches en risque de crédit.
ETF canadiens d’actions privilégiées populaires
Si vous ne voulez pas sélectionner des titres un par un, un ETF d’actions privilégiées (fonds coté en Bourse, panier de titres) apporte une diversification immédiate.
Parmi les ETF suivis au Canada :
- iShares S&P/TSX Canadian Preferred Share Index ETF (CPD) — réplique le S&P/TSX Preferred Share Index
- BMO Laddered Preferred Share Index ETF (ZPR) — privilégie les actions à révision de taux avec des dates de révision échelonnées
- Horizons Active Preferred Share ETF (HPR) — gestion active, plus flexible selon les conditions de marché
Rappel : les distributions d’un ETF ne donnent pas toujours droit au crédit d’impôt sur dividendes. Vérifiez la ventilation : une partie peut être classée en remboursement de capital (retour d’une partie de votre mise) ou en plus-values (gain à la revente).
Comment VT Markets vous aide à suivre les marchés obligataires et actions
Comprendre la place des actions privilégiées suppose d’avoir accès à de bonnes informations et à des outils d’analyse. VT Markets propose des contenus pédagogiques et des analyses via sa rubrique Discover, pour suivre les notions financières, les mécanismes de marché et les évolutions économiques mondiales.
Questions fréquentes sur les actions privilégiées au Canada
FAQ 1 : les dividendes des actions privilégiées sont-ils garantis au Canada ?
Non. Ils ne sont pas garantis légalement. L’émetteur doit payer les dividendes privilégiés avant ceux des actions ordinaires, mais il peut suspendre le paiement si nécessaire. Pour les actions cumulatives, les dividendes non payés doivent être rattrapés avant la reprise des dividendes ordinaires. Avant d’investir, examinez la notation de crédit et la solidité financière de l’émetteur.
FAQ 2 : puis-je détenir des actions privilégiées dans un CELI (TFSA) ou un REER (RRSP) ?
Oui. Les actions privilégiées cotées au Canada sont des placements admissibles pour le CELI, le REER, le REEE (RESP) et le FERR (RRIF). Mais le crédit d’impôt pour dividendes s’applique surtout en compte non enregistré. Dans un CELI, les revenus sont exonérés d’impôt ; dans un REER, ils sont reportés (imposés à la sortie). Le bon choix dépend de votre situation fiscale.
FAQ 3 : quel est l’investissement minimum pour acheter des actions privilégiées au Canada ?
La valeur nominale est souvent de 25 $ (parfois 1 000 $ pour certaines émissions institutionnelles). Vous pouvez acheter une seule action via la plupart des courtiers. Attention toutefois aux frais de transaction, qui peuvent pénaliser les petits montants ; les ETF peuvent être une option plus efficace pour débuter.
FAQ 4 : comment les actions à révision de taux réagissent-elles aux décisions de la Banque du Canada ?
Le dividende est révisé tous les cinq ans selon le rendement de l’obligation du Canada à 5 ans + une marge. Quand la Banque du Canada relève son taux directeur, les rendements obligataires à 5 ans ont tendance à monter, ce qui peut conduire à un dividende révisé plus élevé à la prochaine date de révision. En revanche, le cours de marché (prix de négociation) peut être instable autour de ces dates, surtout quand les anticipations de taux changent. Il est prudent de vérifier les dates de révision et le niveau des rendements avant d’investir.
Les actions privilégiées sont-elles faites pour votre portefeuille ?
Les actions privilégiées peuvent jouer un rôle utile au Canada : revenu prévisible, avantage fiscal en compte non enregistré, et meilleure protection que l’action ordinaire en cas de difficultés. Pour certains investisseurs, elles renforcent la diversification.
Mais il faut intégrer la sensibilité aux taux, le potentiel de hausse limité et l’absence de droit de vote.
L’essentiel est de savoir ce que vous détenez : type d’action, qualité de crédit de l’émetteur, conditions (dates de révision, clause de rachat, droit de rachat par l’investisseur) et cohérence avec le reste du portefeuille.