Signaux de tension sur le marché immédiat
Ils ont déclaré que le marché au comptant (marché « immédiat », pour livraison proche) est tendu, ce que montrent des écarts de prix plus grands entre échéances sur le Brent (« timespreads » : différence de prix entre deux contrats à des dates différentes) et un « backwardation » plus fort (situation où les prix proches sont plus élevés que les prix plus lointains). Le backwardation du Brent ICE sur 12 mois (courbe des prix des contrats à terme sur un an, négociés sur l’ICE, une bourse) est passé de moins de 5 $US/baril à un peu plus de 9,50 $US/baril, et l’écart mai/juin s’est rapproché d’un backwardation de 1,60 $US/baril. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a déclaré que les États-Unis annonceront mardi des plans pour limiter la hausse des coûts de l’énergie. Des informations ont aussi indiqué que les États-Unis n’ont pas, pour l’instant, l’intention de libérer du pétrole de la réserve stratégique de pétrole (stock public d’urgence), tandis que des perturbations plus longues pourraient augmenter la probabilité de libérations d’urgence coordonnées par plusieurs pays. Après la forte hausse liée aux tensions au Moyen-Orient, les risques immédiats sur l’offre sont intégrés dans les prix. La préoccupation principale est une possible perturbation des flux de pétrole via le détroit d’Ormuz, un point de passage étroit (« chokepoint » : endroit où le trafic est facilement bloqué) par lequel transitent plus de 20 millions de barils par jour, soit environ 20 % de la consommation mondiale. Une interruption réelle aurait un impact important et rapide sur l’offre physique (pétrole réellement livré, pas seulement des contrats financiers). Le signal le plus parlant est la tension du marché immédiat. La courbe des contrats à terme sur le Brent (prix des contrats pour livraison future) montre un backwardation de plus de 9,50 $ par baril, ce qui traduit une forte demande pour une livraison rapide plutôt que plus tard. Cette structure pousse à réduire les stocks (utiliser le pétrole stocké) plutôt qu’à stocker.Suivi du trading et des politiques
Pour les traders de produits dérivés (instruments financiers dont la valeur dépend du prix du pétrole, comme futures et options), ce backwardation marqué rend les « spreads calendaires » longs attractifs (stratégie sur l’écart entre deux échéances : acheter l’échéance proche et vendre l’échéance plus lointaine). Acheter un contrat proche, comme mai, et vendre en même temps un contrat plus lointain, comme juin ou juillet, est une façon directe de miser sur cette tension. L’élargissement de l’écart mai/juin à 1,60 $/baril montre que cette stratégie est déjà gagnante pour ceux qui étaient bien positionnés. Cependant, il faut aussi considérer les facteurs qui ont empêché les prix de monter davantage. Le marché semble parier sur une perturbation courte, comme après d’autres pics géopolitiques. En 2025, l’OPEP+ (groupe de pays de l’OPEP et alliés) a maintenu ses réductions de production, ce qui laisse peu de capacité disponible (« spare capacity » : production supplémentaire possible rapidement) pour absorber un choc. L’incertitude élevée devrait se traduire par une volatilité implicite plus forte sur le marché des options (volatilité « attendue » par les prix des options). Même si la direction du prochain grand mouvement est incertaine, le risque de variations rapides dans les deux sens est élevé. Cela rend particulièrement risquées les stratégies qui cherchent à profiter de la baisse de la volatilité (« volatilité qui retombe »), comme vendre des « strangles » (vendre une option d’achat et une option de vente, toutes deux hors du prix du marché, pour encaisser une prime). Les acteurs ayant une exposition physique acheteuse (détention réelle de pétrole ou revenus liés au pétrole) devraient envisager d’acheter des « puts » (options de vente, assurance contre une baisse) pour se protéger contre une détente soudaine des tensions. Il faut surveiller une possible intervention publique, car Marco Rubio doit annoncer des mesures pour limiter les coûts élevés de l’énergie. Même si les informations évoquent l’absence de plan immédiat pour utiliser la réserve stratégique, cela reste l’outil le plus puissant pour limiter les prix. Toutefois, comme les réserves américaines se reconstituent encore après les fortes baisses jusqu’en 2025, l’ampleur d’une éventuelle libération pourrait être plus limitée qu’auparavant.
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