
En avril, les marchés ont retrouvé un rythme plus équilibré après les mouvements géopolitiques plus brusques de mars. Ce bilan mensuel passe en revue le marché des changes (forex), l’or, le pétrole, les indices boursiers et les cryptos, en montrant comment la prudence des banques centrales, la volatilité du pétrole et l’appétit pour le risque (envie d’acheter des actifs risqués) ont orienté les cours à l’approche de mai.
Bilan des marchés en avril
Avril a paru plus calme, mais les marchés ont continué de composer avec trois sources de tension : le risque au Moyen-Orient, la prudence des banques centrales et un contexte de croissance plus lente. La différence : les investisseurs ont moins réagi à chaque titre de presse et ont mieux choisi où prendre du risque. Les actions américaines ont poursuivi leur hausse, tandis que le marché des changes, les métaux et le pétrole ont souvent alterné hausses et baisses, sans direction claire.
Ce contraste résume avril : les investisseurs ont privilégié les segments portés par des bénéfices solides, surtout les très grandes valeurs technologiques américaines (mega caps, c’est-à-dire les plus grosses capitalisations). En revanche, ils sont restés prudents sur les marchés plus sensibles au pétrole, aux taux et à la géopolitique. La Réserve fédérale (Fed, banque centrale des États-Unis) a répété que sa politique restera « dépendante des données » (les décisions suivront l’évolution de l’inflation et de l’emploi). La Fed a laissé ses taux inchangés, tout en craignant que la hausse de l’énergie liée au conflit ne maintienne l’inflation élevée et ne retarde une baisse des taux.
Au total, avril a davantage ressemblé à un mois d’attente qu’à un mois de tendance. L’appétit pour le risque est resté solide sur les actions et les cryptos, mais ailleurs les investisseurs ont attendu des signaux économiques plus nets.
Les principales devises ont consolidé
Le dollar n’a pas réussi à installer une tendance, malgré l’incertitude géopolitique. La demande de valeur refuge (achats visant à se protéger) n’a pas été assez forte pour déclencher une hausse durable. Les opérateurs se sont concentrés sur les anticipations de taux relatives (comparaison des taux attendus entre pays), ce qui a maintenu la plupart des grandes paires dans des fourchettes de prix.
L’USDJPY en est l’exemple le plus parlant. La paire est restée la plupart du mois dans une large zone de fluctuation sur graphique H4 (unité 4 heures), puis a fini avril près de la borne haute. Le graphique indique que les acheteurs gardent l’avantage à moyen terme, mais le cours teste désormais une zone où le risque d’intervention (action des autorités japonaises pour freiner la baisse du yen) devient plus difficile à écarter. Le dollar s’est renforcé après le statu quo de la Fed, tandis que le yen s’est affaibli au-delà de 160, la Banque du Japon ayant aussi laissé ses taux inchangés. Cet écart de rendement (différence de taux qui favorise la devise la mieux rémunérée) soutient l’USDJPY, mais augmente le risque d’une réaction officielle si le mouvement devient trop rapide.

Fig. 1 : Graphique USDJPY en 4 heures montrant le cours au contact du haut de sa zone de consolidation (phase sans tendance)
La borne haute reste le niveau clé. Une cassure nette au-dessus indiquerait que l’avantage lié aux rendements reprend le dessus. Un échec près des sommets maintiendrait la paire dans sa zone habituelle.
À surveiller : la capacité de l’USDJPY à rester au-dessus de la récente tentative de cassure. Sinon, la paire pourrait réintégrer sa zone plus large.
Les métaux passent au second plan
L’or et l’argent ont perdu de l’élan en avril : l’intérêt défensif s’est déplacé des métaux précieux vers les taux, le dollar et une croissance plus résistante que prévu.
L’or a évolué la plupart du mois dans une large zone de consolidation, mais le ton s’est dégradé en fin de période. Sur le graphique H4, le cours a plafonné dans la partie haute de la zone puis a glissé vers un support (niveau où les achats apparaissent souvent). Cela suggère que les acheteurs ont défendu les replis en début de mois, sans réussir à lancer une hausse durable.
Lors des dernières séances d’avril, l’or testait la borne basse de sa zone.
Cette évolution colle au contexte macroéconomique. Un dollar plus stable et des taux réels (taux après inflation) relativement stables ont réduit l’intérêt pour les valeurs refuges sans rendement comme l’or. Les marchés ont aussi moins parié sur une baisse rapide des taux de la Fed. Avec une inflation toujours exposée au risque énergétique, l’or a perdu un soutien important.

Fig. 2 : Graphique de l’or en 4 heures montrant la consolidation qui cède la place à une pression baissière vers le support
La borne basse est la zone décisive. Si le support casse, la phase latérale d’avril pourrait se transformer en correction (baisse plus marquée). Si les acheteurs reviennent, l’or pourrait rester enfermé dans une large fourchette début mai.
À surveiller : la capacité de l’or à reprendre rapidement du terrain. Sinon, le dollar pourrait rester la couverture défensive privilégiée face aux métaux.
Pétrole : l’indicateur le plus lisible
Avril a été marqué par de fortes oscillations du brut, mais la structure s’est clarifiée en fin de mois. Le pétrole a chuté jusqu’à mi-avril, a trouvé un support près du bas de sa zone, puis a rebondi vivement et a dépassé le plafond de cette zone. Le graphique H4 indique une cassure haussière, avec un cours repassé au-dessus des anciens sommets de la zone et stabilisé près de 109 dollars.
Ce mouvement suit l’actualité. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz reste fortement réduit, et les États-Unis envisagent de nouvelles mesures pour sortir de l’impasse avec l’Iran, notamment pour rétablir les flux maritimes. Le 30 avril, le pétrole a encore progressé après des informations selon lesquelles Washington étudiait des options militaires.

Fig. 3 : Graphique du pétrole en 4 heures montrant la large zone d’avril et la cassure haussière en fin de mois
Le tableau technique (lecture des graphiques pour repérer supports, résistances et tendances) s’est amélioré pour les acheteurs. La grande zone rectangulaire d’avril ressemble désormais à une base (phase d’accumulation) suivie d’une cassure au-dessus d’une résistance (niveau où les ventes freinaient la hausse). Si le cours tient au-dessus de l’ancienne borne haute, le pétrole pourrait conserver une prime géopolitique (surcoût lié au risque) en mai.
À surveiller : le maintien au-dessus de la zone de cassure. En cas de confirmation, les craintes d’inflation resteraient élevées, ce qui compliquerait la tâche des banques centrales.
Indices : une résistance notable
Aux États-Unis, le Nasdaq a continué de progresser et a prolongé son rallye après avoir repris une zone de support. Le graphique H4 montre une hausse marquée dès le début d’avril, un passage net au-dessus de la zone de support (en vert), puis de nouveaux plus hauts. Le récent repli reste, pour l’instant, maîtrisé : il ressemble davantage à une pause qu’à un retournement.
Cette robustesse reflète les zones où les investisseurs voient encore de la croissance. Les très grandes valeurs technologiques, les infrastructures liées à l’IA (intelligence artificielle) et les revenus du cloud (services informatiques à distance) restent les principaux moteurs. Malgré un pétrole élevé et une Fed prudente, les capitaux ont continué d’aller vers des entreprises dont les bénéfices paraissent prévisibles. En parallèle, Wall Street est devenue plus hésitante avant les publications des géants de la tech, avec des interrogations sur le rythme de croissance de l’IA et la maîtrise des dépenses. Mai sera donc un test : la hausse peut-elle s’élargir, ou la performance va-t-elle à nouveau dépendre d’un petit nombre de titres ?

Fig. 4 : Graphique Nasdaq en 4 heures montrant une forte tendance haussière en avril après la tenue du support
L’ancienne résistance est devenue un support (niveau désormais défendu). Tant que le cours reste au-dessus de cette zone, la tendance haussière reste valable.
À surveiller : la défense du dernier repli. Si elle tient, le marché pourrait continuer de valoriser la croissance. Sinon, la hausse pourrait s’essouffler près des sommets.
Les cryptos se redressent progressivement
Le graphique H4 montre une structure constructive. Le cours a formé des creux de plus en plus hauts le long d’une ligne de tendance ascendante, tandis que plusieurs rebonds se sont heurtés à une résistance nette près des récents sommets. Le bitcoin évolue ainsi dans ce qui ressemble à un triangle ascendant (figure où le support monte tandis que la résistance reste horizontale), signe d’une pression croissante entre acheteurs et vendeurs.
Cette configuration est plus saine que la phase en range (évolution sans tendance) observée en mars. Elle montre que les acheteurs reviennent sur les replis, mais qu’il manque encore un déclencheur pour une cassure. Le climat « risk-on » (prise de risque) sur les actions américaines a aidé, et un dollar plus calme a réduit la pression macroéconomique qui pesait sur les cryptos.

Fig. 5 : Graphique Bitcoin en 4 heures montrant un support en hausse sous une résistance proche de 80 000 $
Le graphique approche d’un point d’inflexion (zone où la direction peut changer). Une cassure au-dessus de la résistance (en rouge) renforcerait le scénario d’une poursuite de la hausse. Une rupture sous la ligne de tendance haussière indiquerait que le rebond d’avril s’essouffle.
Premiers signaux à surveiller en mai 2026
Mai démarre avec les mêmes moteurs, mais leur équilibre évolue.
D’abord la politique des banques centrales. La Fed reste en pause, et les marchés croient moins à une baisse de taux rapide. Les risques d’inflation liés au conflit repoussent les anticipations de première baisse plus tard en 2026, ce qui renforce le scénario de taux élevés plus longtemps (« higher for longer »).
Ensuite l’énergie. La cassure du pétrole fin avril compte, car elle influence directement les anticipations d’inflation et les craintes sur la croissance. Plus la perturbation du trafic à Ormuz dure, plus l’impact macroéconomique devient difficile à ignorer. La Banque asiatique de développement a revu à la baisse ses prévisions de croissance régionale et relevé ses prévisions d’inflation en raison du conflit au Moyen-Orient et de la hausse des coûts de l’énergie, signe que ce thème pèse vite sur les perspectives.
Enfin les résultats d’entreprises. Les actions américaines tiennent car les investisseurs continuent de croire à la capacité de bénéfices des très grandes valeurs technologiques. Apple, Microsoft, Nvidia et l’écosystème de l’IA pèseront donc davantage en mai. De bons résultats peuvent prolonger le leadership boursier. Une déception montrerait à quel point la hausse repose encore sur un petit nombre de titres.
Questions fréquentes
Pourquoi avril a-t-il semblé plus « en range » que mars ?
Les risques géopolitiques étaient similaires, mais les investisseurs ont moins réagi à chaud à chaque annonce. Résultat : des positions plus ciblées et des prix qui ont souvent alterné hausse et baisse.
Pourquoi l’USDJPY est-il important avant mai ?
L’USDJPY se situe près du haut d’une zone de prix installée depuis longtemps. Il reflète à la fois l’écart de rendements (différence de taux) et le risque d’intervention. C’est une des paires qui montrent le mieux la divergence des banques centrales (politiques monétaires qui s’éloignent).
Pourquoi le pétrole compte-t-il autant en ce moment ?
Le pétrole est le principal canal par lequel le risque géopolitique se transmet aux anticipations d’inflation, aux inquiétudes sur la croissance et aux attentes de politique monétaire.
Pourquoi l’or a-t-il sous-performé alors que le pétrole montait ?
L’or n’a pas profité d’un scénario clair de baisse des rendements, tandis que le pétrole était soutenu par un risque direct sur l’offre (risque de manque de barils). Le brut a donc été mieux porté que les métaux précieux.
Quel est le thème principal pour les actions en mai ?
La question clé est de savoir si les très grandes valeurs technologiques peuvent continuer de tirer le marché pendant la saison des résultats, alors que les taux restent élevés et que le pétrole demeure ferme.