Risques d’inflation et flexibilité de la politique
Nagel a dit que la situation s’est un peu améliorée la semaine dernière. Il a aussi dit que les anticipations d’inflation (ce que les ménages et les marchés pensent que l’inflation sera) sont bien ancrées (elles ne bougent pas beaucoup), mais que cela peut changer. Il a dit que tant que la situation autour du détroit d’Ormuz n’est pas réglée, le risque d’une inflation plus élevée augmente. Les questions autour du détroit d’Ormuz sont essentielles, et nous placent entre un scénario central et un scénario plus défavorable. En avril, nous devons garder toutes les options ouvertes, car deux semaines peuvent apporter beaucoup de nouvelles informations. La situation change vite, et le positionnement de marché (la façon dont les investisseurs se placent) doit tenir compte de cette incertitude plus forte. Cette tension se voit déjà sur les marchés de l’énergie, où le Brent (un pétrole de référence) a gagné plus de 8% en deux semaines et se négocie au-dessus de 95$ le baril. Cela vient directement d’une prime de risque plus élevée (un surcoût lié au danger) associée aux 30% du pétrole mondial transporté par mer qui passent par le détroit. On a vu une réaction similaire, mais plus courte, lors des incidents de pétroliers en 2019.Marchés des taux et couverture de portefeuille
Même si les anticipations d’inflation sont vues comme stables, cela peut changer vite si les prix de l’énergie restent élevés. L’inflation sous-jacente de la zone euro (inflation hors énergie et alimentation, plus stable) reste au-dessus de l’objectif à 3,1%, et ce choc sur l’énergie (hausse soudaine des coûts) risque d’annuler la récente baisse de l’inflation. Le danger d’une inflation plus élevée augmente tant que la situation autour d’Ormuz n’est pas réglée. Pour les traders de produits dérivés (contrats financiers dont la valeur dépend d’un actif comme le pétrole), cela suggère d’acheter une protection contre une forte hausse du pétrole, par exemple des options d’achat très éloignées du prix actuel (options « hors de la monnaie ») sur des contrats à terme WTI ou Brent. Le WTI (West Texas Intermediate) est un autre pétrole de référence. Les contrats à terme (futures) sont des accords pour acheter/vendre plus tard à un prix fixé. La volatilité implicite (mouvement attendu des prix, déduit des prix des options) a augmenté, et elle pourrait monter davantage si les menaces deviennent des actions. Se couvrir maintenant est plus prudent que d’essayer de suivre le mouvement après. Cet environnement demande aussi de revoir les positions sur les taux d’intérêt. Le marché des swaps (contrats d’échange de taux, par exemple taux fixe contre taux variable) a déjà repoussé l’idée d’une baisse de taux de la BCE du troisième trimestre à peut-être pas avant 2026. Se positionner pour des taux « plus élevés plus longtemps » (taux qui restent hauts) en payant un taux fixe sur des swaps de taux d’intérêt, ou en achetant des options de vente (puts) sur des contrats à terme obligataires, peut protéger les portefeuilles d’un virage plus dur (politique plus stricte contre l’inflation). Nous devons nous rappeler 2022, quand les décideurs ont dû réagir fortement à une hausse de l’inflation due à l’énergie. Cette expérience, avec les difficultés à faire baisser l’inflation l’an dernier, les rend très sensibles aux risques actuels. Leur mission principale est la stabilité des prix, et ils donneront probablement la priorité à cela plutôt qu’à la croissance si les prix du pétrole restent élevés.
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