Conséquences des scénarios d’inflation
La donnée de mars correspond le plus au scénario modéré, qui prévoit une inflation ne dépassant que légèrement 3 % au deuxième trimestre. Selon l’article, plusieurs hausses des taux de la BCE sont donc moins probables. L’article indique que l’inflation sous-jacente pourrait remonter plus tard dans l’année à cause d’effets retardés (c’est-à-dire des conséquences qui apparaissent avec délai) de la hausse des coûts de l’énergie et des engrais, même si les hostilités cessent sous deux mois et que les prix du pétrole baissent. Il ajoute que cet effet pourrait être visible au plus tard au quatrième trimestre, ce qui compenserait une croissance plus lente des coûts de main-d’œuvre (c’est-à-dire du coût des salaires). L’article s’attend à ce que la BCE augmente ses taux directeurs (les principaux taux d’intérêt fixés par la banque centrale) une fois en avril, ou qu’elle annonce une hausse en juin. Il précise que les données d’inflation d’avril seront publiées le 30 avril, le jour de la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE. Le chiffre de mars montre une séparation nette à surveiller. L’inflation totale (le chiffre global) dans la zone euro atteint 2,5 %, presque identique aux 2,4 % de mars 2024, mais cette fois elle est due uniquement au choc de l’énergie (une hausse rapide des prix de l’énergie) lié à la guerre en Iran. Le point clé est que l’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, a reculé à 2,3 %, ce qui suggère que les hausses de prix de fond ne sont pas encore généralisées.Plan de trading avant la BCE
Cette situation crée un décalage entre les attentes du marché et la position probable de la banque centrale. Les marchés intègrent (c’est-à-dire anticipent dans les prix) plus de 60 points de base de hausses de taux de la BCE d’ici la fin du troisième trimestre. Un point de base correspond à 0,01 point de pourcentage (donc 60 points de base = 0,60 %). Cela suppose une réaction forte au chiffre global. Mais comme l’inflation sous-jacente baisse, la BCE a plus de chances de suivre son scénario le plus modéré, ce qui suggère au maximum une seule hausse supplémentaire dans les prochains mois. Les traders peuvent envisager de se positionner pour une BCE moins « faucon » (c’est-à-dire moins favorable à relever les taux pour freiner l’inflation) que ce que le marché suppose. Cela peut passer par des swaps de taux d’intérêt (contrats où deux parties échangent des paiements d’intérêts) afin de recevoir le taux variable (un taux qui bouge avec le marché) et payer un taux fixe (un taux qui ne change pas), en pariant que le niveau futur des taux à court terme sera plus bas que ce que les prix de marché indiquent. Des stratégies avec options (contrats donnant un droit d’acheter ou de vendre) qui gagnent si les hausses de taux sont plafonnées peuvent aussi fonctionner, comme acheter des options d’achat (calls : droit d’acheter à un prix fixé) sur les contrats à terme Euro-Bund (futures : contrats pour acheter/vendre plus tard; l’Euro-Bund est un contrat lié aux obligations d’État allemandes). On se souvient du cycle de hausses rapides des taux en 2022-2023, qui influence probablement la position actuelle du marché. Mais à l’époque, l’inflation était large (beaucoup de biens et services augmentaient), alors qu’aujourd’hui la pression sur les prix est limitée et vient d’un choc d’offre externe (un événement extérieur qui réduit l’offre, comme une perturbation sur l’énergie). Cette différence est importante et renforce l’idée que la BCE évitera de durcir les conditions financières (rendre le crédit plus cher et plus difficile) trop fortement au risque de freiner l’économie. La période clé pour cette idée se situe dans les semaines précédant la réunion de la BCE du 30 avril. La volatilité implicite (la volatilité attendue par le marché, intégrée dans le prix des options) sera élevée à cause de l’incertitude géopolitique, donc il faut tenir compte du coût des options. Il faudra surtout suivre les prix de l’énergie et les déclarations des responsables de la BCE suggérant qu’ils pourraient « regarder au-delà » de ce pic d’inflation lié à l’énergie (c’est-à-dire ne pas réagir fortement à une hausse jugée temporaire).
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