Demande de dollars portée par l’incertitude géopolitique
La demande de dollar américain est restée solide après que l’Iran a déclaré ne pas être directement impliqué dans des négociations avec les États-Unis. Reuters a indiqué que l’Iran jugeait excessive une proposition de cessez-le-feu d’un mois livrée par le Pakistan et un plan de règlement en 15 points, et qu’il exigeait la souveraineté sur le détroit d’Ormuz (passage maritime stratégique pour le transport de pétrole). Un haut responsable iranien a déclaré que des discussions pourraient avoir lieu au Pakistan ou en Turquie si elles avancent. Les prix de marché reflétaient aussi l’idée que la Réserve fédérale (Fed, la banque centrale des États-Unis) ne baissera pas ses taux d’intérêt cette année, car la hausse des prix de l’énergie a influencé les anticipations d’inflation (attentes de hausse des prix). Le dollar canadien a sous-performé face à la plupart des grandes devises, sauf les monnaies « antipodéennes » (devises d’Australie et de Nouvelle-Zélande), car le climat de risque restait fragile. Le fait que le Canada soit un exportateur net de pétrole (il vend plus de pétrole qu’il n’en achète) signifie que des prix du pétrole plus élevés, dus à une perturbation de l’offre, peuvent en général soutenir le dollar canadien. Nous nous souvenons d’un contexte similaire début 2025, lorsque l’incertitude au Moyen-Orient avait poussé l’USD/CAD vers 1,3830, même si la hausse du pétrole aurait normalement dû soutenir le « loonie » (surnom du dollar canadien). Cela a créé un écart clair entre, à court terme, des achats de sécurité vers le dollar américain (flux vers une valeur refuge, c’est-à-dire une monnaie jugée plus sûre en période de stress) et, de l’autre côté, des facteurs économiques favorables au dollar canadien. À l’époque, le marché privilégiait la peur géopolitique plutôt que la force des matières premières (ressources comme le pétrole). La réponse la plus adaptée consistait alors à regarder au-delà du bruit immédiat en utilisant des produits dérivés (contrats financiers dont la valeur dépend d’un actif, ici le taux de change). Acheter des options de vente (put, un contrat qui gagne en valeur si le taux USD/CAD baisse) à plus longue échéance sur l’USD/CAD aurait été une manière stratégique de se positionner pour un retour aux facteurs économiques de fond. Cela permettait de miser sur un dollar canadien plus fort une fois la prime de risque (surcoût lié à l’incertitude) retombée, sans subir directement la forte variation du marché au comptant (prix immédiat du taux de change).Pourquoi le pétrole pourrait reprendre de l’influence
L’histoire montre que ces écarts entre l’USD/CAD et les prix du pétrole sont souvent temporaires. En regardant la flambée des prix de l’énergie en 2022, après un délai initial, le dollar canadien s’est finalement renforcé de façon marquée face au dollar américain car ses termes de l’échange se sont améliorés (le pays vendait ses exportations plus cher par rapport à ce qu’il importait). La leçon de 2025 est que le rôle du Canada comme exportateur net d’énergie fournit un soutien solide qui finit par ramener la monnaie en ligne avec les prix des matières premières. Aujourd’hui, avec le pétrole WTI (West Texas Intermediate, référence du prix du pétrole américain) qui se maintient au-dessus de 85 dollars le baril, ce soutien de fond au dollar canadien est encore plus visible. Des statistiques récentes du début mars 2026 confirment que les exportations d’énergie du Canada ont augmenté de 9% par rapport à la même période l’an dernier, améliorant directement la balance commerciale (différence entre exportations et importations). Cela donne un appui économique important au loonie. Alors que la Fed avance lentement et en fonction des données (elle ajuste sa politique selon les chiffres économiques), la Banque du Canada a indiqué avoir moins de marge pour baisser les taux à cause d’une inflation intérieure persistante (hausse des prix qui reste élevée), ce qui réduit l’avantage de taux d’intérêt du dollar américain (écart de taux entre pays qui rend une monnaie plus attractive). Le taux de chômage actuel aux États-Unis, à 4,1%, donne à la Fed peu de raisons de se presser, créant un cadre de politique plutôt stable. Ainsi, le moteur principal de la paire revient vers les matières premières. Dans ce contexte, les traders devraient envisager des approches qui profitent d’un plafond sur le potentiel de hausse de l’USD/CAD dans les prochaines semaines. Vendre des « call spreads » hors de la monnaie (stratégie d’options qui consiste à vendre une option d’achat et à en acheter une autre plus éloignée; « hors de la monnaie » signifie que le prix actuel est encore loin du niveau où l’option aurait une valeur immédiate) permet d’encaisser une prime (revenu reçu pour vendre l’option) tout en limitant le risque. Cette stratégie gagne si la paire évolue surtout à plat ou baisse. Elle correspond à l’idée que des fondamentaux solides du pétrole limiteront toute hausse importante du dollar américain face à son équivalent canadien.
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