
Ces derniers jours, l’or a évolué d’une manière qui a surpris beaucoup d’investisseurs.
Les États-Unis et l’Iran échangent des frappes. Le prix du pétrole est remonté vers ses plus hauts de six semaines. En général, ces deux éléments soutiennent l’or, car les investisseurs cherchent des placements dits « défensifs » (des actifs perçus comme plus résistants en période de crise).
Pourtant, l’or a reculé.
Les contrats à terme (futures) sur l’or pour livraison en décembre ont ouvert mercredi à 4 377,20 $ avant de glisser vers 4 357,50 $ en début de séance à New York. L’or au comptant (spot, c’est-à-dire le prix pour une livraison quasi immédiate) est retombé d’un sommet de trois mois proche de 4 697 $ à sous 4 300 $, soit une baisse d’environ 9 %.
Le rapport américain sur l’emploi de vendredi, les « non-farm payrolls » (NFP) (créations d’emplois hors secteur agricole) est désormais vu par de nombreux opérateurs comme un possible catalyseur. Le raisonnement est simple.
Un marché du travail plus faible pourrait réduire la pression sur la Réserve fédérale (Fed, la banque centrale américaine) pour maintenir des taux élevés. Cela pourrait faire baisser les rendements des bons du Trésor américain (les taux d’intérêt implicites des obligations d’État) et aider l’or. Mais les taux ne sont qu’un facteur. D’autres forces pèsent encore sur le métal, et le rapport de vendredi n’en modifiera qu’une partie.
Comment le marché du travail est devenu le prochain test pour l’or
La Fed maintient ses taux entre 3,50 % et 3,75 % depuis décembre 2025. À l’approche de la réunion du 16 septembre, le débat porte davantage sur un possible nouveau relèvement des taux.
Cela change la manière dont les marchés lisent les statistiques.
Pendant une grande partie des deux dernières années, des chiffres de l’emploi plus faibles étaient favorables à l’or, car ils renforçaient l’idée de baisses de taux à venir. En septembre 2026, l’équation est différente : un marché du travail solide peut conforter l’argument pour des taux plus élevés, tandis que des données plus faibles peuvent desserrer la pression sur la Fed.
Le président de la Fed, Kevin Warsh, a remis l’accent sur l’inflation lors de son discours à Jackson Hole (symposium de banques centrales), en laissant ouverte la possibilité de nouvelles hausses. Les marchés ont réagi vite : les attentes implicites d’une hausse en septembre (probabilité déduite des prix de marché) sont passées d’environ 40 % à 66 %-70 % en une semaine.
Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans est aussi monté mercredi à 4,818 %, son plus haut niveau depuis novembre 2023. Comme l’or ne verse pas d’intérêt, des rendements plus élevés augmentent le « coût d’opportunité » : détenir de l’or devient moins attractif que détenir une obligation qui rapporte.
Les facteurs derrière le repli de 9 % de l’or
La baisse récente s’explique surtout par les anticipations de taux. Mais l’or subit aussi la pression d’un dollar solide, de rendements « réels » élevés (rendements corrigés de l’inflation) et du retour des craintes d’inflation liées à l’énergie.
- Attentes de hausse des taux en septembre : 66 % à 70 % environ. Le rapport sur l’emploi peut modifier directement ces attentes.
- Rendements réels : le 10 ans se situe autour de 4,79 %, proche de sommets sur plusieurs années. Les chiffres de l’emploi peuvent influencer les rendements en changeant les anticipations sur la Fed.
- Dollar américain : il reste ferme, car les investisseurs recherchent la sécurité. Un rapport sur l’emploi faible pourrait le fragiliser.
- Pression inflationniste via le pétrole : le brut évolue près de 90 $ dans un contexte de perturbations dans le détroit d’Ormuz. Le rapport sur l’emploi a peu de chances de changer ce facteur.
Un chiffre d’emplois faible pourrait réduire les attentes d’une hausse en septembre. Il pourrait aussi peser sur les rendements et sur le dollar. En revanche, il ne fait pas disparaître les craintes d’inflation alimentées par la hausse des prix de l’énergie.
C’est important, car un pétrole cher peut maintenir des anticipations d’inflation élevées. Et si l’inflation anticipée reste haute, la Fed peut rester prudente, ce qui soutient les rendements et limite la reprise de l’or.
Pourquoi l’or pourrait rebondir
Malgré le recul, plusieurs éléments peuvent soutenir un rebond.
Les attentes de taux peuvent changer vite. La hausse des probabilités de relèvement a surtout été alimentée par la communication de la Fed, plus que par les statistiques. Si le rapport de vendredi confirme une dégradation du marché du travail, les opérateurs peuvent rapidement revoir ces attentes à la baisse.
Schickling (Vanguard) estime qu’un nouveau mois de destructions d’emplois ou une hausse du chômage vers 4,3 % pourrait entraîner un changement marqué des anticipations pour septembre.
Une partie du scénario « dur » est peut-être déjà dans les prix. L’or a déjà fortement corrigé depuis ses sommets. Des analystes notent qu’une grande partie du changement des anticipations de taux pourrait déjà être intégrée dans les cours.
Autrement dit, une nouvelle mauvaise surprise pour l’or pourrait nécessiter des statistiques nettement meilleures qu’attendu.
Les achats des banques centrales restent un soutien. Les achats du « secteur officiel » (banques centrales), dont ceux de la Chine, se poursuivent malgré la baisse. Cela n’empêche pas la volatilité à court terme, mais apporte un soutien de fond au marché.
Les données sur l’emploi pourraient aussi ressortir plus faibles qu’attendu.
En juillet, les créations d’emplois ont reculé de 23 000, alors que le consensus attendait environ +83 000. Les mois précédents ont été révisés à la baisse pour un total de 103 000 emplois.
Les chiffres ADP d’août (estimation privée de l’emploi dans le secteur privé) ont montré une hausse de 38 000, sous les 47 000 attendus. Les prévisions pour les NFP de vendredi vont de 45 000 à 65 000 emplois, avec un chômage attendu stable à 4,1 %.
Pourquoi un rebond pourrait ne pas durer
La réaction de l’or au risque géopolitique est l’un des faits marquants de la semaine.
Malgré la montée des tensions au Moyen-Orient, la demande de valeur refuge (achats pour se protéger en période d’incertitude) n’a pas suffi à compenser la pression des rendements élevés et d’un dollar fort.
Plusieurs intervenants estiment aussi que la décision de septembre dépendra davantage de l’inflation que de l’emploi. Si l’inflation reste au-dessus de l’objectif et que la Fed reste focalisée sur la stabilité des prix, un rapport sur l’emploi plus faible pourrait ne pas faire basculer les attentes.
Le gouverneur de la Fed, Barr, a déclaré qu’il soutiendrait une hausse des taux si l’inflation ne continue pas de ralentir. Si la priorité reste le risque inflationniste, tout rally de l’or après les chiffres de vendredi peut s’essouffler.
D’un point de vue « technique » (analyse graphique des prix), les opérateurs surveillent aussi la zone des 4 215 $. Le World Gold Council cite ce niveau comme une zone possible de repli si la pression vendeuse à court terme persiste. Il s’agit d’un repère, pas d’une prévision.
Ce que les traders sur l’or surveillent ensuite
Un rapport sur l’emploi d’août plus faible peut laisser de la place à une reprise de court terme. Un chiffre plus solide peut prolonger la correction. La tendance dépendra surtout d’une baisse ou non des rendements américains et du dollar.
| Mouvement de marché | Ce que cela peut suggérer pour l’or |
| L’or monte alors que les rendements et le dollar restent fermes | Rebond possiblement lié à des ajustements de positions à court terme |
| L’or monte tandis que les rendements et le dollar baissent | Reprise plus solide, portée par un changement des anticipations de taux |
| L’or baisse avec des rendements en hausse et un dollar fort | Pression persistante liée aux anticipations de politique monétaire |
Les créations d’emplois peuvent influencer l’humeur du marché. L’inflation orientera les attentes de politique monétaire.
Suivre le marché de l’or
L’or ne bouge pas seul. Le suivre avec le dollar et les rendements des bons du Trésor aide à comprendre les mouvements de prix. Le calendrier économique donne les horaires des principales publications, dont les NFP, les chiffres d’inflation et la réunion du FOMC (comité de politique monétaire de la Fed) du 16 septembre.
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À retenir pour les traders
Pourquoi l’or a-t-il baissé malgré la hausse des tensions géopolitiques ?
L’or profite souvent d’achats de valeur refuge en période d’incertitude. Mais la baisse récente s’explique surtout par des rendements des obligations américaines plus élevés, un dollar plus fort et des anticipations d’une Fed plus stricte (politique monétaire plus restrictive, donc des taux plus hauts).
Comment les chiffres de l’emploi américain peuvent-ils influencer l’or ?
Un rapport sur l’emploi faible peut réduire les anticipations de hausse des taux, ce qui peut faire baisser les rendements et soutenir l’or. Un rapport solide peut produire l’effet inverse, en maintenant une probabilité élevée de hausse des taux.
Pourquoi des rendements obligataires plus élevés pèsent-ils sur l’or ?
L’or ne verse pas d’intérêt. Quand les rendements des obligations montent, les investisseurs peuvent préférer des actifs qui rapportent, ce qui augmente le coût d’opportunité de conserver de l’or.
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