
En mars, les marchés sont devenus beaucoup plus réactifs: les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont poussé les investisseurs vers les actifs jugés plus sûrs (mouvement «risk-off», c’est-à-dire moins de prise de risque). Cette revue mensuelle couvre le marché des changes (forex, achat/vente de devises), les métaux, le pétrole, les indices boursiers et les cryptomonnaies, en expliquant comment le risque de guerre, l’énergie plus chère et des baisses de taux attendues plus tard ont redéfini la tendance avant avril.
Bilan des marchés en mars
Mars a marqué un changement net. Après un mois de février plutôt stable (consolidation: évolution dans un couloir sans tendance claire), mars est devenu très sensible aux titres d’actualité, avec l’escalade des tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Les marchés ont quitté le trading de range (allers-retours dans une fourchette de prix) pour une position plus défensive, les investisseurs réagissant à chaque évolution du contexte géopolitique.
L’énergie a été le premier canal de réajustement des prix. Le pétrole a bondi, les traders intégrant un risque plus élevé de rupture d’approvisionnement au Moyen-Orient et dans le détroit d’Ormuz (passage maritime clé pour le transport de pétrole). Ce mouvement a ensuite contaminé le reste du scénario macroéconomique (macro: facteurs globaux comme inflation, croissance, taux). Des prix du pétrole plus élevés ont ravivé la crainte d’inflation, réduit l’espoir d’une baisse rapide des taux par les banques centrales, et renforcé l’idée de taux élevés plus longtemps («higher for longer»), surtout pour la Fed (banque centrale américaine).
Au final, la hausse défensive du dollar, la pression sur les métaux précieux, la baisse modérée des actions et des cryptos hésitantes ont eu la même cause. Mars a moins reflété une dégradation de l’économie qu’une nouvelle évaluation du risque dans un contexte géopolitique plus instable.
Principales devises
Le marché des changes est resté globalement en range en mars, mais l’équilibre a penché en faveur du dollar.
Le dollar a été soutenu par la recherche de valeurs refuges (actifs perçus comme plus sûrs) et par une révision des anticipations sur la Fed. Avec le pétrole en hausse et le risque d’inflation, le marché a repoussé la date probable des baisses de taux américaines. Le dollar est resté ferme même si les principales paires de devises n’ont pas cassé de façon nette une tendance.
EURUSD a illustré cet équilibre. La paire est restée dans sa fourchette, la force du dollar compensant des données de la zone euro faibles mais stables. La volatilité (amplitude des variations) a augmenté au gré des titres géopolitiques, sans mouvement durable. Les prix sont restés heurtés, sans direction claire.
Le marché des changes reste surtout guidé par le sentiment (appétit ou aversion au risque) plus que par des changements profonds des fondamentaux (données économiques). Cela pourrait évoluer en avril si l’énergie plus chère se voit davantage dans l’inflation et dans les anticipations de politique monétaire.

Fig. 1: Graphique EURUSD en 4 heures montrant un marché en range malgré la force générale du dollar
L’évolution des prix montre que le marché respecte encore des niveaux horizontaux de support et de résistance (zones où le prix a tendance à rebondir ou à bloquer), plutôt que de former une tendance. Une sortie nette de la fourchette indiquerait une lecture macro plus tranchée.
À surveiller: le dollar gardera-t-il son soutien «valeur refuge» (achats défensifs) si les tensions au Moyen-Orient restent fortes en avril?
Métaux les plus suivis
L’or et l’argent ont reculé en mars, malgré la hausse du stress géopolitique.
En temps normal, un conflit devrait soutenir la demande de valeur refuge pour les métaux. Cette fois, l’effet a été dominé par un dollar plus fort, des taux réels en hausse (taux d’intérêt corrigés de l’inflation, indicateur clé du coût de la monnaie) et l’idée de baisses de taux plus tardives. Quand les baisses de taux sont repoussées, détenir des métaux qui ne versent pas de rendement (non-yielding: sans intérêt) devient moins attractif, ce qui limite la hausse.
L’or a baissé, les investisseurs privilégiant la liquidité (facilité à convertir en cash) et la conservation de cash plutôt qu’un positionnement défensif classique. L’argent a subi les mêmes freins, avec en plus la crainte d’une demande industrielle plus faible. Si le conflit dure, l’énergie plus chère peut peser sur la croissance, ce qui fragilise l’argent, plus lié au cycle économique (cyclique: dépendant de l’activité).
Les deux métaux ont donc surtout réagi aux anticipations de politique monétaire et aux taux réels, plus qu’à la simple recherche de refuge.

Fig. 2: Graphique de l’argent en 4 heures montrant une pression baissière persistante en mars
La structure en canal suggère que les rebonds étaient surtout techniques (correctifs: rebonds temporaires) et non le début d’une hausse forte. Tant que le prix ne casse pas la borne haute, le ton reste prudent.
À surveiller: un dollar plus faible ou des taux en baisse pourraient-ils stabiliser les métaux en avril?
Le pétrole mène la danse
Le pétrole a été le marché clé de mars.
Le brut a bondi, l’escalade au Moyen-Orient réintroduisant une prime géopolitique (surcoût lié au risque) sur l’énergie. Les inquiétudes ont porté sur le détroit d’Ormuz, les infrastructures énergétiques et le risque d’une perturbation d’une part importante de l’offre mondiale. Le brut a ainsi dépassé 100 dollars le baril et est resté très sensible aux nouvelles.
Ce mouvement a eu des effets bien au-delà de l’énergie. Un pétrole plus cher alimente les anticipations d’inflation et complique les perspectives des banques centrales. Au lieu d’anticiper une baisse des taux plus simple, le marché a dû intégrer le risque d’une nouvelle inflation liée à l’énergie, pouvant retarder le soutien monétaire.
Le gaz naturel a aussi progressé, les traders évaluant le risque d’approvisionnement. Malgré des libérations de réserves stratégiques (barils stockés par les États) et des tentatives de calmer le marché, la prime de risque a tenu, car la situation restait incertaine.

Fig. 3: Graphique du pétrole en 4 heures montrant le pic de mars et des échanges proches de 100 dollars
Le graphique montre qu’après le bond initial, les prix sont restés élevés, sans retour complet en arrière. Le marché intègre donc encore une prime géopolitique.
À surveiller: le pétrole peut-il se maintenir au-dessus de 100 dollars début avril? Si oui, les craintes d’inflation resteront au centre du jeu.
Moins de liquidité sur les indices
Les actions mondiales ont reculé en mars, mais la baisse est restée ordonnée.
Le mouvement reflète surtout une revalorisation du risque, pas une panique. Les investisseurs ont réduit l’exposition (positions) face au pétrole plus cher, à des taux plus élevés et à un contexte géopolitique plus incertain, surtout sur les valeurs de croissance et la technologie. Le marché n’a toutefois pas dérapé: la liquidité (facilité à acheter/vendre sans trop bouger les prix) est restée correcte, les données économiques n’ont pas chuté, et les ventes ont été progressives.
C’est un point clé. Mars n’a pas ressemblé à une liquidation générale (ventes forcées massives). On a plutôt vu une réévaluation prudente des valorisations (niveau de prix par rapport aux profits attendus) et de l’appétit pour le risque dans un contexte macro plus difficile.
Le Nasdaq a bien reflété ce changement. Les cours ont commencé à passer sous une zone de support, mais la dynamique ressemble davantage à une faiblesse sous pression qu’à une capitulation (vente dans la panique). La suite dépendra surtout du maintien de taux et de pétrole élevés en avril.

Fig. 4: Graphique journalier du Nasdaq montrant un support sous pression avec un sentiment de risque en baisse
La cassure a de l’importance, mais le marché ne montre pas encore de désordre. Si le support cède clairement, la baisse peut s’amplifier. Si les acheteurs stabilisent la zone, mars restera un ajustement maîtrisé.
À surveiller: la hausse du coût de l’énergie et du financement (emprunter coûte plus cher quand les taux montent) pèsera-t-elle davantage sur les leaders de l’IA et de la tech en avril?
Crypto en pause
Les cryptomonnaies sont restées en range en mars, malgré les tensions géopolitiques.
Le bitcoin a connu des mouvements brusques au gré des titres, sans cassure durable à la hausse ou à la baisse. Le marché est resté en consolidation, comme d’autres actifs risqués. Les investisseurs ont réagi aux nouvelles, mais le contexte macro et le positionnement (répartition des positions des investisseurs) ont plus compté que la géopolitique seule.
Un dollar plus ferme et des taux réels en hausse ont réduit l’intérêt pour les actifs sans rendement, dont les cryptomonnaies. En parallèle, certains investisseurs institutionnels (grands acteurs) semblent avoir augmenté leur part de cash et réduit l’exposition avec la montée de l’incertitude. Contrairement à d’autres périodes, le bitcoin n’a pas attiré de flux refuge durables (achats réguliers en période de stress).
Les cryptos sont donc restées dans l’attente. La volatilité était là, mais sans conviction.

Fig. 5: Graphique journalier du bitcoin montrant une consolidation qui se prolonge en mars
Le range tient: le prix respecte la borne haute et la borne basse. Un dépassement de la résistance (niveau qui bloque la hausse) améliorerait la perspective à court terme; un rejet maintient un scénario latéral.
À surveiller: le contexte macro se détendra-t-il assez pour permettre aux cryptos de sortir de leur consolidation en avril?
Premiers signaux à surveiller en avril 2026
Avril s’ouvre sur la même question qu’en mars: la crise au Moyen-Orient s’aggrave-t-elle, ou commence-t-elle à se calmer?
L’enjeu concerne toutes les grandes classes d’actifs. Un signe de désescalade réduirait la prime géopolitique sur le pétrole, atténuerait les craintes d’inflation et laisserait plus de marge aux banques centrales. Cela soutiendrait les actions, affaiblirait le dollar et améliorerait le sentiment sur les métaux et les cryptos.
Une nouvelle escalade irait dans l’autre sens. Le pétrole resterait élevé ou remonterait, les anticipations d’inflation se raffermiraient et le marché repousserait encore les baisses de taux. Cela pèserait sur les actifs de croissance et soutiendrait le dollar.
Avril démarre donc avec un marché prudent et très dépendant des titres. Le pétrole, le dollar et les anticipations de taux restent les meilleurs indicateurs transversaux (repères communs à plusieurs marchés).
Niveaux clés et leur lecture
Utilisez les principales zones techniques de mars comme premiers repères en avril (analyse technique: lecture des niveaux de prix passés, comme supports et résistances).
Si le pétrole reste au-dessus de 100 dollars, le risque d’inflation reste central. Si EURUSD sort de son range, cela peut signaler un changement plus clair des anticipations de politique monétaire ou de la demande de refuge. Si le Nasdaq ne récupère pas son support cassé, l’appétit pour le risque peut encore se dégrader. Si le bitcoin reste bloqué dans son range de mars, les cryptos pourraient continuer à sous-performer (faire moins bien) en cas de tentative de rebond général.
Questions fréquentes
Pourquoi les marchés sont-ils devenus plus défensifs en mars?
Parce que les tensions géopolitiques ont fait monter le pétrole, ravivé la crainte d’inflation et réduit la probabilité de baisses de taux rapides.
Pourquoi le pétrole a-t-il autant compté en mars?
Parce que la peur de ruptures d’approvisionnement au Moyen-Orient a poussé les prix du brut à la hausse, ce qui a influencé l’inflation attendue et le sentiment de risque.
Pourquoi l’or a-t-il baissé malgré le risque géopolitique?
Le dollar plus fort, des taux réels plus élevés et des baisses de taux attendues plus tard ont pesé plus que la demande de valeur refuge.
Pourquoi EURUSD est-il resté en range?
Le dollar était soutenu, mais pas assez pour provoquer une cassure nette des supports.
Quel est le thème principal pour avril?
Le point clé est l’évolution des tensions géopolitiques et ses effets sur le pétrole, l’inflation et les anticipations de taux.
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