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IBM, SWIFT et l’essor des dépôts bancaires tokenisés

by VT Markets
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Sep 25, 2026

En juillet, la bataille autour de la monnaie numérique se jouait à Washington. Les banques et les entreprises de crypto faisaient du lobbyisme pour savoir qui « possède » le dépôt, avec les récompenses liées aux stablecoins (des jetons privés conçus pour suivre une monnaie comme le dollar) au cœur du débat, pendant que le Congrès restait coincé entre les deux camps. La crypto tentait d’entrer dans le monde bancaire, et les banques se défendaient.

Cette semaine, les banques ont répondu avec de l’infrastructure.

Jeudi, IBM a relié sa plateforme Digital Asset Haven au registre partagé de Swift basé sur la chaîne de blocs (blockchain), ce qui permet aux banques d’ordonner des transferts de dépôts tokenisés (des dépôts bancaires représentés par des « jetons » numériques) en ISO 20022, la norme de messages qu’elles utilisent déjà pour les paiements transfrontaliers. Le même jour, sept banques britanniques ont effectué les premiers paiements réels de clients en utilisant des livres sterling tokenisées. Personne n’a attendu le Congrès. La fonction d’IBM est encore en bêta (version d’essai), et aucune banque cliente n’a été nommée, mais la direction est claire.

Une mise à niveau déjà payée par les banques

L’intérêt du geste d’IBM ne tient pas à « remplacer » les paiements traditionnels, mais à brancher la chaîne de blocs sur l’infrastructure déjà en place.

Les banques ont déjà passé des années à migrer vers ISO 20022, un format mondial de messages financiers qui standardise les instructions de paiement et permet d’ajouter plus de données utiles. L’adaptateur d’IBM permet de réutiliser exactement ce format pour ordonner des transferts de dépôts tokenisés, au lieu de bâtir des processus de chaîne de blocs séparés.

Ça enlève un gros obstacle à l’adoption.

Pour la plupart des banques, le problème n’a jamais été l’existence de la chaîne de blocs. Le vrai problème, c’était de l’intégrer aux opérations, aux exigences de conformité (règles comme l’antiblanchiment et l’identification des clients) et aux cadres de gestion des risques déjà construits autour des systèmes financiers classiques.

Les dépôts tokenisés offrent un compromis : les banques peuvent viser un règlement plus rapide et programmable (des paiements avec des règles automatisées), tout en gardant les dépôts comme des dettes bancaires réglementées.

La tokenisation passe de test à infrastructure

L’approche des banques s’inscrit aussi dans un changement du discours réglementaire.

Deux jours avant l’annonce d’IBM, le président de la CFTC, Michael Selig, a déclaré à une conférence de la Fed de New York que les marchés américains doivent se préparer à une « tokenisation de masse » et à « la finance sur chaîne (on-chain) et des marchés 24/7 ».

Ses propos n’ont pas créé de nouvelles règles ni de calendrier. Mais ils montrent un virage : de plus en plus, les autorités et les institutions financières se demandent comment les actifs tokenisés doivent fonctionner à l’intérieur des marchés actuels.

La question réglementaire reste ouverte. La tokenisation peut prendre plusieurs formes — dépôts numériques émis par des banques, stablecoins et autres actifs basés sur la chaîne de blocs — et chaque modèle soulève des enjeux différents : supervision (qui surveille et comment), règlement (moment où le paiement devient final), liquidité (capacité à payer sans délai), et accès (qui peut utiliser le système).

La course à l’infrastructure derrière la monnaie numérique

L’approche pilotée par les banques fait partie d’une compétition plus large sur l’apparence de l’infrastructure de la monnaie numérique.

ModèleQui émet la monnaiePrincipal avantagePrincipal défi
Dépôts bancaires tokenisésBanques réglementéesGarde l’argent dans les systèmes bancaires existantsInteropérabilité (capacité des banques à échanger entre elles)
Stablecoins (USDT, USDC)Émetteurs privésLiquidité mondiale sur chaîne (argent facilement échangeable sur des réseaux blockchain)Réglementation et contrôle des réserves (actifs censés soutenir la valeur)
Chaînes de blocs publiquesRéseaux décentralisésAccès ouvert et règlement mondialAdoption par les institutions et conformité

Point clé : ces modèles évoluent ensemble.

Les banques reprennent des idées popularisées par la crypto : actifs programmables, règlement sur chaîne de blocs et transferts en tout temps.

En parallèle, l’infrastructure crypto se rapproche de la finance traditionnelle. Les émetteurs de stablecoins se déploient sur plusieurs réseaux blockchain, pendant que des institutions financières évaluent comment les actifs numériques pourraient s’intégrer aux flux de règlement institutionnels (paiements et livraisons d’actifs entre grandes contreparties).

La question devient moins « est-ce que la chaîne de blocs va entrer en finance » que qui contrôle les rails de paiement : les banques, les émetteurs privés de monnaie numérique, ou des réseaux ouverts.

Pourquoi les banques partent avec un avantage

Le meilleur argument en faveur des dépôts tokenisés : ils s’appuient sur ce que les banques contrôlent déjà.

Un dépôt tokenisé reste une créance sur une institution financière réglementée (autrement dit, la banque « doit » cet argent au client). La banque garde la relation client, les obligations de conformité et le lien avec son bilan (ses actifs et ses dettes).

C’est important, parce que bien des paiements d’entreprises ne se résument pas à la vitesse. Ils exigent :

  • vérification d’identité (KYC : connaître son client),
  • supervision réglementaire,
  • gestion de la liquidité,
  • traitement comptable,
  • certitude juridique (règles claires en cas de litige).

Pour une multinationale qui déplace de l’argent entre filiales, un transfert sur chaîne de blocs n’est utile que s’il s’intègre aux systèmes existants de trésorerie (outils qui gèrent les liquidités et paiements du groupe).

C’est là que l’intégration Swift d’IBM devient importante. Au lieu de demander aux banques de créer des processus entièrement nouveaux, l’idée est de faire de la chaîne de blocs un rail de paiement de plus, branché sur l’infrastructure existante.

Les dépôts restent des dettes bancaires, les contrôles clients (KYC/AML) restent en place, et la supervision continue de s’appliquer. Pour un trésorier d’entreprise qui déplace des fonds entre filiales un dimanche, cette combinaison de rapidité et de protections connues est difficile à égaler pour un stablecoin.

Ça fonctionne en dehors des heures bancaires

L’autre argument fort : ce n’est plus seulement des tests. Swift a activé son registre blockchain avec 17 banques en juillet, et au début septembre Citi y a transféré des dollars US avec First Abu Dhabi Bank et OCBC, montrant des transferts de dépôts tokenisés en dehors des heures limites (cut-off) qui structurent encore une grande partie du « correspondent banking » (réseau de banques correspondantes qui se servent d’intermédiaires pour payer à l’étranger).

Le pilote britannique de livre sterling tokenisée a adopté une approche domestique. Ses sept participants, dont Barclays, HSBC, Lloyds et NatWest, ont testé des cas d’usage comme des paiements liés au refinancement hypothécaire (remortgage) et des achats de consommateurs, atteignant un jalon similaire à la même période.

Où le modèle des banques atteint ses limites

Première limite : le règlement final. Le registre de Swift coordonne les paiements 24/7, mais le règlement final passe encore par des systèmes existants, comme les rails de paiement des banques centrales, qui restent liés aux heures d’ouverture. Entre les deux, les banques se font confiance : elles se promettent de régler « pour vrai » quand ces systèmes rouvrent. En pilote, entre partenaires connus, ça se gère. À grande échelle, le risque est une exposition (montants dus) qui s’accumule la nuit et la fin de semaine.

Deuxième limite : la fragmentation. Un dépôt tokenisé reste une créance sur la banque qui l’a émis : il circule facilement dans son propre réseau, mais moins bien à l’extérieur. Avec Swift, le Royaume-Uni, et des banques américaines via The Clearing House qui bâtissent chacun leur système, le risque est d’avoir plusieurs voies rapides qui ne se connectent pas. Swift parie qu’il peut servir de lien, comme il l’a fait pour les messages de paiement il y a des décennies. Ça ne fonctionne que si les banques embarquent, au lieu de protéger leurs réseaux.

Troisième limite : l’échelle. Dix-sept banques en pilote, c’est peu comparé aux quelque 12 500 institutions sur le réseau Swift, et la preuve de concept (PoC : test en conditions limitées) court seulement jusqu’en décembre, avec de petits volumes. Les stablecoins, eux, totalisent déjà environ 300 G$ et règlent sur chaîne à toute heure. Un jeton USDC est le même partout. Les jetons bancaires doivent gagner cette portabilité (facilité à circuler d’un réseau à l’autre).

Ce qui va décider de la mise à l’échelle

Le modèle bancaire a de l’élan. Il est actif dans deux marchés importants, il s’appuie sur les systèmes déjà utilisés par les banques, et les autorités parlent ouvertement de marchés tokenisés en continu. Il doit encore prouver que des instructions 24/7 suffisent tant que le règlement final reste limité aux heures de bureau, et que des réseaux bancaires séparés vont se connecter plutôt que se concurrencer.

Les prochains mois devraient clarifier tout ça. La décision de Swift sur un déploiement au-delà du pilote après décembre indiquera si les banques y voient assez de valeur pour s’engager. Si IBM nomme des clients, cela montrera une demande concrète pour l’adaptateur. Et la prochaine phase du groupe britannique — utiliser des dépôts tokenisés pour régler des actifs numériques — est l’endroit où l’argent des banques et la crypto se touchent directement.

Suivre l’histoire avec VT Markets

Les entreprises qui construisent cette infrastructure se négocient en Bourse, même si le cours de leurs actions dépend de bien plus qu’un seul pilote. Avec VT Markets, vous pouvez négocier des CFD sur actions (contrats qui répliquent un cours sans détenir l’action) d’IBM et de Citi (CITI), ainsi que ceux de quatre banques britanniques du pilote : Barclays (BARC), HSBC, Lloyds (LLOY) et NatWest (NWG).


Le cours d’IBM est surtout influencé par ses activités de logiciels et de services-conseils, et l’intégration avec Swift reste une bêta à l’intérieur de ces activités. Pour les banques, les dépôts tokenisés s’inscrivent dans un effort de long terme pour garder l’argent des clients dans le système bancaire réglementé. À mesure que les pilotes Swift et Royaume-Uni publient des résultats, cet effort devient un facteur de plus dans la façon dont le marché les valorise, en plus des taux d’intérêt et des bénéfices.

Appuyez pour le résumé du trader!


Qu’est-ce que l’intégration blockchain Swift d’IBM?
IBM a relié sa plateforme Digital Asset Haven au registre partagé de Swift basé sur une chaîne de blocs, ce qui permet aux banques d’ordonner des transferts de dépôts tokenisés en utilisant le standard de messages ISO 20022 déjà en place.

Qu’est-ce que l’ISO 20022?
ISO 20022 est une norme mondiale de messages financiers : elle définit comment les banques structurent les instructions de paiement et les données qui les accompagnent. Swift a migré son réseau vers cette norme en 2025, ce qui rend plus simple l’adoption d’un adaptateur blockchain qui parle le même « langage ».

Pourquoi les banques utilisent-elles une chaîne de blocs pour les dépôts tokenisés?
Les banques testent la chaîne de blocs pour accélérer le règlement et permettre des paiements avec des règles automatisées, tout en gardant les dépôts comme des dettes bancaires encadrées par la réglementation.

Pourquoi les banques ne connectent-elles pas simplement leurs jetons entre elles?
Elles peuvent, mais banque par banque. Chaque nouvelle banque doit signer des ententes avec toutes les autres, ce qui fait exploser le nombre de connexions à gérer. On recrée alors un modèle lent et complexe, similaire au système des banques correspondantes. Un réseau partagé comme le registre de Swift l’évite, à condition que suffisamment de banques y participent.

Quelle est la différence entre les dépôts bancaires tokenisés et des stablecoins comme USDT et USDC? Les dépôts tokenisés sont émis par des banques réglementées. Les stablecoins sont émis par des entreprises privées et conçus pour circuler sur des réseaux blockchain comme de la monnaie numérique.

Est-ce que le registre blockchain de Swift utilise XRP ou ETH?
Non. Le registre est « permissionné » (accès contrôlé, réservé à des participants autorisés) et n’a pas de cryptomonnaie propre. Il est bâti sur une technologie de Linea, un réseau lié à Ethereum, mais les banques y déplacent des dépôts tokenisés, pas des jetons crypto.

Est-ce que les autorités encouragent l’adoption de la chaîne de blocs en banque?
Les autorités parlent de plus en plus de tokenisation et de finance sur chaîne, avec un accent sur l’intégration, la supervision et la mise à l’échelle des actifs numériques.

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