
Les plus gros acheteurs et vendeurs d’or envoient présentement des signaux contradictoires.
Les banques centrales continuent d’acheter de l’or à un rythme exceptionnel. La demande du secteur officiel (les achats des banques centrales) demeure un soutien majeur du marché. Au premier trimestre de 2026, elles ont acheté un volume net de 244 tonnes d’or (achats moins ventes), avec la Pologne et l’Ouzbékistan parmi les plus grands acheteurs déclarés, afin de renforcer leurs réserves.
En parallèle, les investisseurs financiers font l’inverse. En juin seulement, les FNB (fonds négociés en Bourse) nord-américains adossés à l’or ont enregistré 5,5 G$ US de sorties (argent qui quitte ces fonds). Sur l’ensemble du premier semestre de 2026, les retraits totalisent 7,7 G$ US.
L’écart saute aux yeux. Les banques centrales traitent l’or comme un actif stratégique à accumuler. Les investisseurs, eux, se demandent si le métal reste intéressant face à d’autres placements. Les deux groupes ont accès à beaucoup de recherche et d’analyses, mais n’arrivent pas aux mêmes conclusions.
Alors, qui comprend le mieux le marché de l’or?
Pourquoi les banques centrales continuent d’acheter de l’or
Les banques centrales n’achètent pas l’or avec les mêmes objectifs que les investisseurs. Là où plusieurs gestionnaires de fonds évaluent un placement selon le rendement attendu sur quelques mois ou trimestres, les banques centrales cherchent surtout à protéger les réserves du pays sur de très longues périodes.
Pour elles, l’or joue un rôle que peu d’actifs peuvent remplacer. Contrairement aux obligations d’État, l’or n’est pas une promesse de paiement d’un autre pays. Une obligation du Trésor dépend du gouvernement émetteur (celui qui l’a vendue) pour payer intérêts et capital. L’or physique détenu par une banque centrale ne dépend d’aucun engagement d’une autre institution.
Ça rend l’or utile en période de tensions géopolitiques, d’instabilité financière et d’incertitude autour des monnaies. Il aide à diversifier (répartir) les réserves et à réduire la dépendance à une seule devise ou à un seul marché d’obligations souveraines (obligations émises par un État). En identifiant les 10 pays ayant le plus de réserves d’or, on voit que les institutions privilégient des actifs non souverains (qui ne dépendent pas d’un État) pour se protéger contre les frictions macroéconomiques (chocs et tensions à grande échelle: dette, croissance, inflation, conflits).
La hausse récente de la demande des banques centrales reflète cette logique à long terme. En moyenne, elles ont accumulé environ 1 000 tonnes d’or par année au cours des quatre années précédant 2026, soit environ le double du rythme moyen de la décennie précédente.
Plutôt que de viser un profit rapide sur les variations de prix, elles semblent réagir à des enjeux plus larges: hausse de l’endettement public, fragmentation géopolitique et solidité du système financier mondial.

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L’or ne cesse pas de bouger quand les marchés traditionnels ferment. Des événements géopolitiques, des nouvelles surprises et des écarts de liquidité (moins d’acheteurs et vendeurs, donc des sauts de prix) la fin de semaine peuvent provoquer des mouvements brusques avant la réouverture.
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Pourquoi les investisseurs en FNB vendent de l’or
Les investisseurs abordent l’or autrement. Historiquement, le métal a servi de couverture (protection) en période d’incertitude, mais son principal défaut est simple: il ne génère aucun revenu.
Contrairement aux obligations qui versent des intérêts, ou aux actions qui peuvent verser des dividendes, l’or dépend uniquement de la hausse du prix pour offrir un rendement. Quand les obligations d’État offrent des rendements près de 5 %, le coût d’opportunité augmente (ce à quoi on renonce) en gardant un actif sans flux de trésorerie (sans revenus en argent).
C’est encore plus important quand les rendements réels restent positifs. Le rendement réel est le rendement après inflation. Si les obligations offrent un rendement ajusté à l’inflation, l’or doit monter beaucoup pour rivaliser. Que les participants achètent de l’or via un produit financier ou qu’ils négocient des FNB via des CFD (CFD = contrat de différence, un produit qui reproduit la variation de prix sans détenir l’actif), les taux élevés augmentent le coût d’opportunité de conserver un actif sans rendement.
La combinaison de rendements élevés des obligations du Trésor américain, d’une Réserve fédérale prudente et d’un intérêt accru pour des actifs qui versent un revenu a contribué à la baisse récente des avoirs en FNB. Plusieurs investisseurs réduisent leur exposition (leur part du portefeuille) non pas parce qu’ils rejettent la valeur à long terme de l’or, mais parce que d’autres actifs paraissent plus attrayants pour l’instant.
Les sorties des FNB peuvent aussi refléter un positionnement à court terme. Quand les prix faiblissent, des gestionnaires peuvent réduire leurs positions pour limiter le risque, répondre aux rachats des clients (quand les investisseurs retirent leur argent) ou réallouer le capital vers de meilleurs performers.

La même baisse de l’or n’envoie pas le même message
Une baisse du prix de l’or peut provoquer des réactions opposées selon l’observateur.
Pour les investisseurs en FNB, une baisse peut nuire au rendement du portefeuille et encourager d’autres ventes. Les gestionnaires sont sous pression pour livrer des résultats et répondre aux attentes, ce qui peut les pousser à réduire l’exposition même s’ils croient encore au potentiel à long terme. La comparaison historique or vs S&P 500 (S&P 500 = indice des 500 grandes entreprises américaines) montre comment les rendements et les forces macroéconomiques déplacent souvent le capital entre actions de croissance et actifs refuges (actifs recherchés en temps de stress).
Pour les banques centrales, des prix plus bas peuvent être une occasion. Avec un horizon de plusieurs années, elles peuvent continuer d’accumuler lors des périodes de faiblesse.
Ça ne veut pas dire que les banques centrales sont toujours optimistes, peu importe le prix. Certaines peuvent ralentir leurs achats si l’or devient trop cher. D’autres peuvent vendre des réserves si la situation financière interne exige plus de liquidités (argent disponible rapidement).
La demande des banques centrales est donc un signal important à long terme, mais elle ne garantit pas une hausse à court terme.
Les banques centrales peuvent-elles empêcher l’or de baisser?
Même si les banques centrales comptent beaucoup sur le marché de l’or, elles ne contrôlent pas entièrement les prix.
L’or se négocie dans plusieurs marchés: le marché physique (lingots), les contrats à terme (futures, ententes pour acheter/vendre plus tard à un prix fixé), les options (droit d’acheter/vendre, sans obligation) et les FNB. À court terme, les ventes des investisseurs, des traders qui utilisent du levier (exposition amplifiée grâce à l’emprunt) ou des positions spéculatives (prises de position basées sur une anticipation) peuvent dépasser les achats graduels des banques centrales.
Plusieurs facteurs peuvent continuer de peser sur l’or malgré les achats officiels: hausse des taux réels (après inflation), dollar américain plus fort, nouvelles sorties des FNB, liquidation sur le marché des contrats à terme (fermeture forcée de positions) et une Réserve fédérale plus ferme (politique plus restrictive). Une gestion du risque rigoureuse reste essentielle quand le marché traverse des liquidations à court terme.
C’est pourquoi les achats des banques centrales ne signifient pas automatiquement que l’or a touché un plancher (le plus bas). Ils renforcent la base à long terme, mais à court terme, les prix dépendent beaucoup de la liquidité (facilité d’acheter/vendre sans trop bouger le prix), des taux et du sentiment des investisseurs.
Quel groupe envoie le signal le plus fort?
Tout dépend de l’horizon de temps.
Pour les traders qui veulent anticiper le prochain mouvement, les flux des FNB donnent souvent un signal plus immédiat. Les fonds réagissent vite aux changements de taux, aux rendements des obligations du Trésor, aux devises et à l’élan du marché (momentum, la tendance récente), ce qui peut influencer l’or sur quelques semaines ou mois.
Les achats des banques centrales aident à comprendre la tendance structurelle à long terme, mais sont moins utiles pour choisir le bon moment à court terme. Les traders devraient plutôt surveiller les principaux facteurs qui dictent la volatilité (ampleur et vitesse des variations de prix):
Les deux groupes ne sont pas forcément en désaccord sur l’or. Ils le regardent avec des objectifs différents.
Les investisseurs en FNB se demandent si l’or est le meilleur placement aujourd’hui. Les banques centrales se demandent si l’or reste une protection contre des risques financiers et géopolitiques futurs.
Ce que les traders particuliers devraient surveiller
Les traders particuliers ne devraient pas se fier uniquement aux achats des banques centrales ou aux flux des FNB pour juger la direction de l’or.
Les achats des banques centrales éclairent le long terme, mais aident peu à synchroniser (timing) des transactions à court terme. Il faut plutôt suivre plusieurs facteurs clés.
Les rendements réels des obligations du Trésor américain restent parmi les moteurs les plus importants, car plus ils montent, plus le coût d’opportunité de détenir de l’or grimpe. Les flux des FNB indiquent aussi le positionnement des investisseurs (à quel point ils sont « investis »). Enfin, les mouvements du dollar américain influencent la demande mondiale, puisque l’or est généralement coté en dollars.
La politique de la Réserve fédérale est un autre facteur clé. Une approche plus « faucon » (hawkish: plus stricte contre l’inflation, donc plus de chances de taux élevés) peut soutenir les rendements et nuire aux actifs sans rendement. À l’inverse, des attentes d’assouplissement (taux en baisse) peuvent aider l’or.

Au-delà du court terme, il faut aussi surveiller si les banques centrales continuent d’acheter, si la demande s’étend à plus de pays et si l’or prend plus de place dans les réserves mondiales.
Alors, qui a raison?
À court terme, les investisseurs en FNB ont peut-être l’argument le plus solide. Des rendements obligataires élevés, un dollar plus fort et des conditions monétaires plus serrées forment un contexte difficile pour l’or. Si les sorties se poursuivent, les prix pourraient rester sous pression même si les banques centrales continuent d’acheter.
À plus long terme, les banques centrales pointent peut-être vers un changement plus profond. Leurs achats suggèrent que l’or est de plus en plus perçu comme une protection contre l’incertitude géopolitique, les risques de devise et l’évolution du système financier mondial.
Le marché n’oppose pas des acheteurs « informés » à des vendeurs « mal informés ». Les deux réagissent à des priorités différentes. Un guide complet sur l’investissement en or peut aider à équilibrer les freins cycliques à court terme (facteurs qui reviennent avec le cycle économique) et les moteurs structurels à long terme (tendances de fond).
Les investisseurs demandent: « Où placer le capital aujourd’hui? »
Les banques centrales demandent: « Quels actifs garderont leur valeur lors de la prochaine grande crise financière ou géopolitique? »
FAQs
Pourquoi les banques centrales achètent de l’or pendant que les investisseurs particuliers en FNB vendent?
Les banques centrales achètent l’or comme réserve stratégique à long terme pour diversifier leurs avoirs et réduire la dépendance aux monnaies fiduciaires (monnaies comme le dollar ou l’euro, qui ne sont pas adossées à un métal) et aux risques liés à la dette souveraine (risque qu’un État ait plus de difficulté à payer). Les investisseurs en FNB, eux, ont souvent un horizon plus court et vendent davantage quand les taux réels élevés augmentent le coût d’opportunité de détenir un actif sans rendement.
Les achats des banques centrales peuvent-ils empêcher le prix de l’or de baisser?
Non. Les volumes quotidiens des marchés « papier » (produits financiers qui suivent le prix sans manipuler l’or physique), comme les contrats à terme et les FNB, sont beaucoup plus élevés que les achats quotidiens des banques centrales. Des taux élevés, un cycle de dollar fort et des liquidations institutionnelles (ventes rapides pour réduire le risque ou lever du cash) peuvent faire baisser l’or à court terme malgré des achats officiels réguliers.
Quels facteurs clés les traders d’or devraient-ils suivre au quotidien?
Les traders actifs devraient surveiller les rendements réels des obligations du Trésor américain à 10 ans (rendement après inflation), les mouvements de l’indice du dollar américain (DXY, un indice qui mesure la force du dollar contre un panier de devises), les entrées et sorties des FNB adossés à l’or, ainsi que les annonces de politique monétaire de la Réserve fédérale (décisions de taux et indications à venir).
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