
Aperçu
- Le Trésor américain doublera ses rachats d’obligations à long terme à au moins 4 milliards $ par opération dès le 9 septembre, ce qui peut soutenir à court terme les obligations de longue échéance (titres dont l’échéance est loin, donc plus sensibles aux taux) et les actifs plus risqués.
- L’indice PCE de base (mesure de l’inflation aux États-Unis, sans les prix volatils de l’énergie et des aliments) et le PIB préliminaire (première estimation de la croissance) du 26 août pourraient changer les attentes sur l’inflation, la croissance et la politique de la Réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine).
- L’or reste soutenu au-dessus de la zone surveillée de 4 490, tandis que le S&P 500 pourrait continuer de monter si les rendements des obligations américaines reculent.
- À surveiller : USDX autour de 98,40, EURUSD autour de 1,1710 et le Bitcoin après son passage au-dessus de 73 460 en direction de 80 000.
Le Trésor intervient pendant que les rendements à long terme montent
Le Trésor américain veut améliorer la liquidité (facilité d’acheter/vendre sans trop bouger le prix) dans la partie longue du marché des obligations du Trésor. À partir du 9 septembre, les opérations de rachat visant les obligations de 10 à 20 ans et de 20 à 30 ans passeront d’un maximum de 2 milliards $ à au moins 4 milliards $ par opération. Le programme doit se poursuivre jusqu’au 4 novembre 2026.
L’annonce suit une forte hausse des rendements à long terme (taux offerts par les obligations). Selon Reuters, le rendement de l’obligation américaine à 30 ans a atteint son plus haut niveau depuis 2007, puis a reculé après l’annonce. Il avait touché 5,34 %. Le repli montre à quel point le marché réagit aux mesures officielles visant la liquidité.
Le fonctionnement est simple : le Trésor rachète des obligations plus anciennes et à longue échéance, ce qui augmente la demande pour ces titres. Quand le prix des obligations monte, leur rendement baisse (prix et rendement évoluent en sens inverse). Le texte évoque aussi un facteur possible : si des investisseurs ferment des positions vendeuses (pari sur une baisse de prix) sur les obligations après un retournement des rendements, cela peut ajouter de la demande et pousser encore les prix à la hausse.
Ces rachats ne réduisent toutefois pas la dette totale du gouvernement américain. Le Trésor modifie surtout la durée de ses emprunts : il rachète de la dette à long terme plus ancienne tout en émettant de la dette ailleurs.
Le principal enjeu : le capital disponible
La hausse des rendements à long terme ne dépend pas seulement de la Fed ou des attentes d’inflation. Le gouvernement américain maintient de grands déficits (dépenses supérieures aux revenus) et doit émettre beaucoup de dette. En parallèle, des entreprises cherchent aussi des fonds pour des centres de données en IA (infrastructure informatique), l’énergie, les semi-conducteurs (puces) et d’autres projets.
Il y a donc concurrence pour l’argent disponible. Quand plusieurs emprunteurs se disputent le financement, les investisseurs peuvent exiger un rendement plus élevé. De plus, pour des obligations à 20 ou 30 ans, les investisseurs demandent souvent une prime pour immobiliser leur argent longtemps (rendement supplémentaire pour le risque de durée).
C’est pourquoi l’intervention du Trésor peut calmer la pression à court terme sans régler la cause profonde des rendements élevés. Selon le texte, les besoins de financement publics élevés et la demande de capital du secteur privé pourraient maintenir les coûts d’emprunt à un niveau élevé.
Les derniers mouvements de marché appuient cette prudence. Après la baisse initiale, les rendements à long terme ont remonté : le 10 ans est revenu vers 4,70 % et le 30 ans au-dessus de 5,25 %.
Pourquoi les rendements comptent pour les actions et l’or
Des rendements plus bas peuvent réduire les coûts d’emprunt des ménages (hypothèques) et des entreprises, et soutenir la valeur des actions. Les titres de croissance et de technologie y sont souvent plus sensibles, car une plus grande part de leurs profits attendus se situe loin dans le futur. Quand le taux d’actualisation baisse (taux utilisé pour ramener des revenus futurs en valeur d’aujourd’hui), la valeur actuelle de ces revenus futurs augmente.
Le lien touche aussi les matières premières et les devises. Un recul des rendements américains peut affaiblir le dollar. De plus, des rendements réels plus faibles (rendement après inflation) rendent l’or plus attrayant, car l’or ne verse pas d’intérêt.
L’or a fortement réagi à l’annonce : selon des rapports de marché, il a bondi au-dessus de 4 500 $ pendant que les rendements et le dollar reculaient.
La question centrale cette semaine est de savoir si la baisse des rendements peut durer. Si les rendements continuent de monter malgré des rachats plus importants, les marchés pourraient y voir une mesure temporaire de liquidité plutôt qu’un vrai changement de tendance sur le marché obligataire.
L’inflation et la croissance américaines au premier plan
Mercredi, place aux principales données macroéconomiques américaines. Le PCE de base de juillet est attendu à 0,2 % sur un mois (m/m, variation par rapport au mois précédent), contre 0,1 % auparavant. Le PIB préliminaire du T2 est attendu à 1,5 % (q/q, variation sur le trimestre), inchangé par rapport à l’estimation précédente.
Le PCE de base est particulièrement suivi, car la Fed s’en sert pour juger l’inflation sous-jacente (tendance de fond). La dernière donnée annuelle disponible (juin) était de 3,3 %, bien au-dessus de la cible de 2 % de la Fed.
Un PCE de base plus élevé que prévu pourrait faire monter les rendements et le dollar, car les marchés réévaluent la trajectoire des taux directeurs (taux de la banque centrale). Une donnée plus faible pourrait produire l’effet inverse, surtout si la croissance suggère aussi un ralentissement.
L’ensemble inflation + croissance sera donc plus important que chaque chiffre pris séparément. Une inflation tenace avec une croissance stable maintiendrait la pression sur les rendements à long terme. Une inflation plus faible avec une croissance plus faible pourrait soutenir les obligations, les actions et l’or.
L’Australie et le Japon donnent des signaux sur les taux
L’IPC (indice des prix à la consommation, mesure de l’inflation) de l’Australie pour juillet est aussi attendu le 26 août. Le marché prévoit un ralentissement de l’inflation annuelle à 3,3 % contre 3,8 %.
En juin, l’IPC était à 3,8 %, tandis que l’inflation « trimmed mean » (mesure qui enlève les variations extrêmes pour mieux capter la tendance) était à 3,6 %. La Banque de réserve d’Australie (RBA) vise actuellement un taux directeur de 4,35 %, avec la prochaine décision prévue le 29 septembre.
Une baisse de l’inflation plus marquée que prévu pourrait réduire les attentes d’un autre relèvement des taux (resserrement monétaire, hausse des taux pour freiner l’inflation) et peser sur le dollar australien. Une baisse plus faible maintiendrait les inquiétudes et pourrait soutenir l’AUDUSD.
L’IPC de base de Tokyo (version « de base » qui exclut certains éléments volatils) est prévu le 28 août, avec une prévision à 1,8 % sur un an, contre 1,9 % précédemment au calendrier. Les données récentes montraient une inflation de base nationale à 1,8 % en juillet, tandis que l’inflation « core-core » (mesure encore plus épurée, excluant davantage d’éléments) est montée à 1,9 %.
Ces données influenceront les attentes sur la prochaine décision de la Banque du Japon, ce qui peut rendre l’USDJPY sensible aux changements d’anticipations sur les taux.
Le président de la Fed, Warsh, pourrait influencer le dollar et les obligations
Le président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, doit prendre la parole le 28 août. Le texte invite à surveiller surtout ses commentaires sur les taux.
Son intervention survient alors que le Trésor et la Fed n’ont pas les mêmes priorités. Le Trésor veut soutenir la liquidité du marché obligataire et garder les coûts de financement du gouvernement gérables. La Fed veut des conditions financières (niveau des taux, accès au crédit, vigueur des marchés) compatibles avec son objectif d’inflation.
Un ton restrictif (message qui suggère des taux élevés plus longtemps) pourrait faire monter le dollar et les rendements. Un ton plus souple sur l’inflation ou les taux pourrait accentuer la baisse des rendements et soutenir l’or et les actions.
La réaction du marché peut dépasser les paires en USD. Un mouvement des rendements peut se transmettre à l’or, aux indices boursiers et à d’autres actifs sensibles au risque en quelques minutes.
Symboles clés à surveiller
USDX | EURUSD | SP500 | XAUUSD | BTCUSD
Événements à venir
| Date | Devise | Événement | Prévision | Précédent | Commentaire des analystes |
| 26 Aug | AUD | IPC a/a | 3.30% | 3.80% | Un recul plus marqué de l’inflation pourrait affaiblir l’AUD, car les attentes d’autres hausses de taux par la RBA diminuent. |
| 26 Aug | USD | Indice des prix PCE de base m/m | 0.20% | 0.10% | Un chiffre au-dessus des attentes pourrait soutenir l’USD et les rendements, tandis qu’un chiffre plus faible pourrait soutenir l’or et les actions. |
| 26 Aug | USD | PIB préliminaire q/q | 1.50% | 1.50% | À lire avec le PCE. Un résultat plus faible pourrait renforcer la demande pour des rendements plus bas. |
| 28 Aug | CAD | PIB m/m | 0.20% | 0.30% | Un chiffre plus fort pourrait soutenir le CAD, tandis qu’un chiffre plus faible pourrait peser sur la devise et soutenir l’USD/CAD. |
| 28 Aug | USD | Allocution du président de la Fed, Warsh | – | – | Surveiller les commentaires sur l’inflation, les taux d’intérêt et les conditions financières. |
Mouvements clés de la semaine
USDX

- USDX a trouvé un soutien près de la zone surveillée de 98,40, identifiée comme zone clé.
- Une hausse pourrait mettre 99,25 et 99,50 en vue. Une cassure à la baisse (passage net sous le niveau) mettrait 97,80 à surveiller.
EURUSD

- EURUSD a buté sur une résistance (niveau où le prix a du mal à monter) vers 1,1710.
- Si le prix baisse, une reprise haussière vers 1,1610 ou 1,1580 pourrait devenir pertinente. Une cassure à la hausse déplacerait l’attention vers 1,1775.
GBPUSD

- Surveiller 1,3495 pour des signes de reprise haussière si GBPUSD évolue à l’horizontale (consolidation).
- Une hausse durable pourrait ouvrir la voie à d’autres gains.
USDJPY

- Surveiller 160,15 si USDJPY continue de monter.
- Un retournement rapide depuis cette zone pourrait accroître le risque de renforcement du yen et de débouclement de carry trade (stratégie consistant à emprunter en devise à faible taux pour acheter une devise à rendement plus élevé).
XAUUSD (Or)

- L’or a gardé son élan haussier. Selon des rapports, il a bondi au-dessus de 4 500 $ après l’annonce de rachats plus importants d’obligations à long terme.
- Le niveau 4 490 reste la zone haussière à surveiller, et 4 670 est le prochain niveau si la hausse se poursuit.
SP500

- Le S&P 500 a conservé un biais technique positif (tendance suggérée par le graphique), et pourrait monter depuis la zone actuelle.
- En cas de repli, 7 625 et 7 565 sont les principales zones de soutien à surveiller.
BTCUSD

- Le Bitcoin s’est maintenu au-dessus de 73 460 et s’est approché de 80 000.
- Si le Bitcoin évolue à l’horizontale, une reprise haussière autour de 75 170 ou 72 120 pourrait donner des zones à surveiller.
Conclusion
Cette semaine, le marché des obligations du Trésor est au cœur du scénario macroéconomique. L’augmentation des rachats à long terme peut réduire les tensions de liquidité, mais les besoins de financement publics élevés et la forte demande de capital du secteur privé restent des facteurs structurels derrière des rendements élevés. À surveiller : le PCE de base et le PIB préliminaire américains le 26 août, puis l’IPC de base de Tokyo et le discours de Warsh le 28 août.
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